Marcher Cazals : Chronique des nouveaux paysages d’un village lotois
Il y a cette lumière, si particulière aux fins d’après-midi de Cazals, qui vient lécher les vieux murs chapeautés de tuiles et fait briller...
Au début de l’été, les ondulations dorées du blé annoncent la moisson imminente. Le Quercy Bouriane, perché entre calcaire et argiles, offre à la culture céréalière des terres converties par siècles de patience paysanne. On compte plus de 15 000 hectares de céréales dans le Lot, dont le blé et le maïs constituent la part principale (source : Chambre d’Agriculture 46).
Ici, les labours respectent la courbe des coteaux, dessinant des patchworks changeants où le vert tendre cède à l’ocre, à mesure que l’an mil s’égrène.
À écouter : Le chant régulier du tracteur dans la brume du petit matin, sur les routes entre Gourdon et Payrignac, tout juste perturbé par l’envol d’un milan royal.Plus que partout ailleurs, le Quercy Bouriane garde vive une culture des arbres fruitiers, héritage des vergers de subsistance et des ramassages collectifs d’antan.
Si Agen revendique le titre de capitale du pruneau, bon nombre de pruniers qui tapissent les jardins du Quercy Bouriane donnent une variété endémique, la prune d’Ente. Séchée traditionnellement sur claies au soleil, elle colore encore aujourd’hui terrasses et petits marchés (source : INAO).
Parmi les noix françaises sous AOP, celle du Périgord — dont la zone englobe la moitié du Quercy Bouriane — porte une renommée séculaire. Le Lot compte 550 agriculteurs engagés dans la culture du noyer, pour près de 2 200 hectares cultivés (source : Noix du Périgord AOP). La “passe” de la récolte s’entend jusque dans les villages : grand filet, longue perche, claquement des fruits sur le sol avant le séchage.
Icône des vallées bocagères, la châtaigneraie du Quercy Bouriane renaît depuis deux décennies, portée par le marché du bio et la transition alimentaire. On estime à 340 tonnes la production annuelle pour le Lot (source : Parc Naturel Régional des Causses du Quercy).
Le paysage du Quercy Bouriane serait méconnaissable sans les silhouettes paisibles des vaches Blondes d’Aquitaine, grandes faucheuses d’herbe brune. Le Lot dénombre plus de 1 250 exploitations bovines (source : Agreste 2023), dont une majorité mixte : production de viande (Label Rouge, IGP “Bœuf du Quercy”) et lait (même si cette production décline).
Sous les acacias, les troupeaux de brebis de race Caussenarde (dite aussi “tête noire”) déambulent en groupes compacts, broutant la richesse maigre d’un sol calcaire. Près de 540 éleveurs se partagent le territoire, proposant un agneau Label Rouge IGP “Agneau fermier du Quercy”, star du Printemps lors de la fête annuelle de la brebis à Séniergues ou Labastide-Murat (source : Site de l’IGP Agneau du Quercy).
Si le Gers fait figure de bastion du foie gras, le Lot cultive son propre art : 104 exploitations élèvent canards et oies, essentiellement pour la transformation sur place (source : Chambre d’Agriculture du Lot). Magret, foie gras, cous farcis et rillettes ornent les tables festives, souvent issus d’un circuit court jusqu’aux marchés de pays (Gourdon, Cazals, Souillac).
Certes, la grande appellation du Lot demeure Cahors, et le Quercy Blanc séduit les amateurs de vins éclatants. Mais en marge, le Quercy Bouriane réinvente patiemment son patrimoine viticole : les “cahuzacs” (petites parcelles plantées) renaissent, souvent en agriculture biologique.
Le Quercy Bouriane, loin des plaines industrielles, cultive une agriculture de diversité : places de marché parsemées de paniers multicolores, retour en grâce du potager familial, multiplication des AMAP et “drives fermiers” (comme celui de Gourdon).
Dans les vallées humides, échalotes nouvelles, carottes aux couleurs bigarrées et persil plat perpétuent la tradition du légume “de pleine terre”, sans artifice ni excès.
À voir : Le stand maraîcher des sœurs Fillol au marché de Cazals : chaque semaine, compositions de salades, bouquets d’aromatiques et rhubarbes géantes.Des premiers pas sur une terre feutrée de rosée, on sent ici combien chaque culture porte l’empreinte d’un climat exigeant, mais aussi d’un soin artisanal. Les sécheresses grignotent les possibilités, le gel surprend parfois les vergers, pourtant l’attachement à la terre prime.
Plus que des productions, le Quercy Bouriane offre des visages : celui de Paul, éleveur passionné à Gourdon, qui invente un fromage affiné sous vieille pierre ; celui de Maud et Benjamin, maraîchers entreprenants du Causse, ou encore ceux de ces familles espagnoles, portugaises ou d'Europe de l'Est venues revitaliser les fermes abandonnées et transmettre de nouveaux gestes.
Parce que la terre n’est jamais “figée”, chaque ferme, ici, écrit son avenir en équilibre : transmission familiale, installation de jeunes, retour des néo-ruraux. Entre les marchés vivants, les coopératives discrètes et les grandes tablées du samedi soir, le Quercy Bouriane réinvente, chaque jour, un art agricole qui a le goût des choses vraies et la force des paysages qui nous rassemblent.